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1. L’Islam médiéval : civilisation
conquérante et essor culturel
Quelle image les musulmans eurent-ils chez les autres
peuples, en particulier en Occident, après les développements
consécutifs à la formation de l’Etat Islamique ? Destruction
de l’Empire sassanide, conquête du Moyen-Orient byzan-tin,
destruction des royaumes vandale et wisigothique, hégémonie
en Méditerranée jusqu’au XIIe siècle, puis
après une longue éclipse, suprématie ottomane en
Méditerranée aux XV et XVIe siècles. Conquête
de l’Europe orientale par ces mêmes Ottomans, tels furent
les faits marquants de l’expansion arabo-islamique. Lorsque les
Arabes furent stoppés à Poitiers, ils étaient à
quelque 4000km de leur base. Tout au long de ce processus, de nombreux
territoires chrétiens devinrent majoritairement musulmans. C’est
dire que l’Occident ressentit comme une menace insupportable ces
nouveaux voisins qui tentèrent par deux fois de s’emparer
de Vienne.
Art militaire redoutable mais aussi épanouissement culturel remarquable.
Témoin le fameux Bayt al Hikma d’Al Maamoun, réservé
à la traduction systématique de milliers de manuscrits rédigés
en grec, persan, sanscrit, latin et en syriaque et relatifs à tout
le savoir de l’époque, vers l’arabe. Puis, après
maintes élaborations musulmanes, ce patrimoine fut traduit en latin.
L’Occident fut prompt à reconnaître et reconnaît
toujours à cet égard sa dette vis-à-vis des Arabes.
Ibn Rushd affirma que l’analyse théorique et partant la philosophie
était prescrite par la loi religieuse qui imposerait finalement
d’utiliser la logique grecque et de considérer les livres
des "Anciens" (les philosophes non musulmans) comme des sources
de savoir légitimes.
Placé sous les meilleurs auspices, bénéficiant du
soutien de l’Etat almohade et initié par un philosophe et
un jurisconsulte averti, le projet rushdien échoua du vivant même
de son auteur. Le cloisonnement social effectué par Ibn Rushd entre
les Gens de la démonstration (ahl al burhan, les philosophes) et
ceux du sens littéral (al (amma, les gens du commun auxquels l’interprétation
fut interdite, sous peine d’être accusés d’incroyance)
vint miner le fondement social de la philosophie. Pourtant son expérience
remarquable de la pensée d’autrui (Aristote) l’habilitait
a être le champion de la liberté d’interprétation
à son époque. En préconisant des langages différents
selon qu’il s’agît de l’élite ou des gens
du commun, Ibn Rushd refusa la circulation des idées en dehors
d’un cercle déterminé et en arriva à figer
délibérement l’ordre social, ce qui ne lui profita
d’ailleurs pas: il fut exilé, ses livres brûlés
et n’eut de la part de ses compatriotes aucune reconnaissance. Mais
le rationalisme abstrait d’Ibn Rushd, bien qu’anti-dialectique,
était un moment nécessaire dans le développement
de la pensée. Rejeté par les siens qui ne l’ont ni
assimilé, ni réfuté mais tout simplement ignoré,
Ibn Rushd fortifia d’autres cultures. Car tel est le résultat
objectif de l’ap-propriation par la civilisation occidentale de
celui qu’elle appela Averroès. Elle étudia comme il
se doit sa pensée, au delà des préjugés si
fréquents entre civilisations différentes.
Si Ghazali reconnut à la logique grecque son importance en tant
que science du raisonnement (tout en condamnant la métaphysique
des philosophes), Ibn Taymiyya la jugea responsable des élaborations
héterodoxes des philoso-phes et des théologiens musulmans
et la rejeta. Le statut de la philosophie est l’horoscope très
véridique des peuples. Il n’est pas de société
qui ait méprisé la philosophie sans que son rang parmi les
nations ne décline; on pouvait prévoir la rétraction
des sociétés musulmanes à la faillite de la tentative
rushdienne, puis-que la philosophie ne resta même pas captive de
l’horizon aristotélicien, elle disparut tout simplement.
Hegel en conclut que la civilisation islamique avait accompli sa mission
de sauvegarde de l’héritage grecque et que d’autres
nations poursuivaient la construction de la Raison.
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2.La problématique du retard historique
On parle de rupture, de repliement, de déclin dans
la civilisation arabo-islamique à partir du XVIe siècle,
concomitant donc à la renaissance en Europe. Nullement satisfaite
de sa ré-appropriation de la culture gréco-latine, l’Europe
le remit en cause; Descartes, Spinoza et Locke donnèrent une autre
dimension à la Raison et à l’organisation de la Cité.
Machiavel, Hobbes et Spinoza démante-lèrent la philosophie
d’Aristote et inaugurèrent la modernité. La Raison
n’était plus cette raison ancillaire, servante du dogme mais
ce qui caractérisait l’homme et Dieu à la fois. Les
intellectuels musulmans eux, s’estimaient satisfaits de leur héritage
classique, le jugeaient indépassable et souvent n’arrivaient
plus à le comprendre. Les deux ruptures à l’égard
du passé classique et de l’Europe moderne (à partir
du XVIIème siècle) sont corrélatives. Dès
le XVIIème siècle, le monde arabo-islamique manifestait
des signes qu’il n’était pas préparé
à s’engager dans l’aventure scientifique et technologique
des temps modernes. La médecine et les sciences stagnèrent
ou régressèrent. L’importance et la présence
de l’écrit déclinèrent pareillement; à
l’exubérance des textes du IXème et Xème siècles,
succéda une raréfaction notable de la composition. L’aire
islamique redevint de pure tradition orale et le cercle des lettrés
de plus en plus restreint.
En Europe même, l’essor des techniques, l’industrialisation,
le développement économique et social, les progrès
institutionnels modifièrent l’image de l’Orient: de
métaphore pour le raffinement, il devint synonyme de décadence.
L’Empire ottoman, "l’homme malade" de l’Europe
devint le symbole du dépérissement de toute une civilisation.
La modernité fit plus irruption dans le monde islamique, qu’elle
n’était activement préparée et admise, et le
choc colonial –corrélatif à tout décalage de
grande ampleur– surprit un monde replié sur lui-même,
et ayant une stratégie globale de refus. Les territoires musulmans
étaient à prendre; leur densité institutionnelle
très faible (sans parlements), et l’échelle du temps
historique qui régulait leur existence rendaient leurs populations
inca-pables d’apprécier en temps utile une menace.
Les Arabes ont malgré tout appelé renaissance la période
qui coïncida avec leur mise en tutelle; et à juste titre,
car faute d’aller au devant du progrès, ils le connurent
dans ses effets de domination politique et militaire, de la part de l’Europe.
Le fait que les musulmans avaient commencé à s’interroger
sur leur retard peut aussi autoriser cette appellation de renaissance.
Les deux concepts clé sont ceux de nahda (renaissance) et d’islah
(réforme). Muhammad Ibn Abd al-Wahhab se proposa dans le deuxième
moitié du XVIIIème siècle de dégager la foi
des superstitions, du maraboutisme des confréries, mais rejeta
tout aussi bien les élaborations théologiques rationalistes
et la philosophie; pour lui, la vérité est une donnée
évidente et son expression immédiatement assimilable. L’idée
essentielle est qu’un retour à la foi des premiers temps,
par une vie religieuse selon leur modèle, supprimerait toutes les
dysfonctions politiques, sociales et économiques qui maintenaient
les peuples musulmans en retard. Corrélative-ment, les échecs
de la communauté musulmane seraient dûs à la dégradation
de leur croyance, à la pluralité des interprétations
et au conflit des écoles.
Il faut noter que cette analyse est faite en termes religieux et est indiffé-rente
aux autres facteurs. La nostalgie des origines n’est pas reproductive,
elle est seulement incantatoire: la question du retard technique, de l’absence
d’équipement, du manque d’une classe d’entrepreneurs,
bref la question économique était considérée
comme secondaire. Le processus de l’accumulation économique
et l’impact du progrès technique sur la société
n’étaient nullement perçus. En fait, les réformateurs
ignoraient tout ou presque de la pensée philosophique européenne
rationaliste (Descartes, Spinoza), ou critique (Kant), positive (Auguste
Comte) ou encore dialectique (Hegel) à l’exception de l’intelligentsia
jeune ottomane puis jeune turque.
D’où une perception scotomisée du processus historique.
Quand la civilisation islamique connaissait sa période de gloire,
l’ontologique habitait l’histoire sans que cela suscitât
le moindre commentaire, mais en période de décadence, l’ontologique
fut soustrait à l’histoire et protégé, mis
à l’abri de tout contact avec le concept. Quelques siècles
plus tôt, les musulmans parlaient d’Aristote et de Platon,
d’Empédocle et de Proclus comme s’ils étaient
leurs cousins ger-mains; avec le déclin, seuls les cinq piliers
de l’Islam leur restaient familiers. Ce n’est qu’au
début du XIXème siècle, avec pratiquement cinq siècles
de retard, que le monde musulman accéda timidement aux techniques
de l’imprimerie: l’apparition d’intellectuels éclairés
et de réformateurs était la preuve que la situation bien
que grave n’était pas irrémédiable. Le monde
arabo-islamique n’avait pas épuisé tout son potentiel
intellectuel. Dans les milieux éclairés, on débattait
pour savoir s’il fallait appliquer le modèle occidental sur
une réalité traditionnelle musulmane, ou militer pour le
retour aux institutions islamiques normatives. En 1867, Khayr Eddine publia
les "Réformes nécessaires aux Etats musulmans",
ouvrage en faveur du régime constitutionnel mais qui rencontra
de multiples résistances. Tahtawi était peu intéressé
par une réforme libérale: il préconisait seulement
une scolarisation générale des garçons et des filles
et un enseignement articulé sur les besoins économiques
du pays –ces idées toutes simples mirent plus d’un
siècle pour se propager. De même, expliquant l’essor
des Européens par leur système politique, ils ne pouvaient
envisager que la sécularisation pro-gressive de l’Europe
eût joué un rôle positif, ni encore qu’une telle
organisation politique impliquait un autre statut pour le religieux. Prisonniers
d’une image idéalisée de l’Islam originaire,
ils pensaient que sa réalisation leur permettaient de rattraper,
voire dépasser l’Europe.
Afghani eut néanmoins le courage d’affirmer que si la religion
en était arrivée à s’opposer à la philosophie
et à la science, c’était à cause de certains
ulémas qui étaient eux-mêmes fermés au savoir
universel. Il incrimina le taqlid, pratique religieuse mimétique
et sans élan spirituel véritable, et fit appel à
l’ijti-had, un effort d’interprétation, de recherche
juridique en vue de promouvoir la civilisation islamique, mais son contenu
reste assez vague. La relégitimation de l’ijtihad, après
le mythe de sa clôture, souleva de nombreux problèmes: quel
serait le domaine et quelles seraient les conditions d’habilitation
(qui peut y prétendre ?), et de mise en œuvre de l’ijtihad
? Celui-ci est exclu du domaine des obligations et des prohibitions religieuses,
ainsi que du statut personnel, et con-cernant les autres points, l’ijtihad
semble réservé aux seuls légistes. Le statut de la
religion s’était radicalement transformé dans le monde
occidental, d’un cadre sociétal global, il devenait purement
individuel. Pour les réformateurs, c’était hors de
question; cette élite religieuse fut incapable d’épargner
aux musulmans, par des conseils adéquats, des catastrophes répétées;
tel le Shaykh al Mahdi du Soudan qui ordonna une charge de cavalerie contre
des batteries de mitrailleuses. A noter que le Shaykh en possédait
aussi mais il n’en voyait pas l’importance tactique. Pour
la petite histoire ou plutôt la grande, l’armée française
détint, la première, une version de mitrailleuse qu’elle
n’utilisa pas non plus contre les Prussiens en 1871. La conscience
islamique s’est épargnée une confrontation globale
avec le rationalisme, mais elle ne l’a pas supprimé pour
autant; elle n’a fait que le transférer sur un autre plan,
géopolitique, c’est la confrontation quasi permanente avec
l’Occident. La raison ne peut souffrir l’exclusion: endogène,
elle nous fortifie, exogène elle nous détruit.
Il y a indiscutablement une faible culture historique chez les réformateurs,
qui n’ont témoigné aucun intérêt pour
la philosophie de l’histoire, une vision théologique leur
en tenant lieu. Certes, Afghani et Abduh se distinguent des autres docteurs
en affirmant inlassablement que ce n’est pas la fatalité,
mais les musul-mans eux-mêmes qui sont responsables de leur décadence.
Ils s’appuient entre autres sur le verset coranique: "Dieu
ne change la condition d’un peuple, que lorsque celui-ci a déjà
changé ce qui est en lui-même" 13: 11. On peut relever
ce déficit de l’analyse politique chez un grand réformateur
tel Rashid Rida. Disciple de Abduh, Rashid Rida fut l’un de ceux
qui exercèrent une influence considérable sur les Frères
musulmans. Après la chute du Califat Ottoman, il proposa une réforme
du califat dans son ouvrage "al-Khilafa aw al Imama al Uzma".
Il faut savoir que cette réforme fut proposée au moment
où tout le monde islamique était sous tutelle, à
l’exception de la Turquie. Pour Rashid Rida, le Calife-Imam élu
par les légistes de tous les pays musulmans devait siéger
en Turquie: il souhaita également en toute incohérence qu’elle
éliminât ceux qui étaient en faveur d’une européanisation
totale. L’attitude de Rashid Rida est paradoxale, après avoir
fustigé inlassablement les sécularistes, il sollicita la
puissance d’un Etat qui avait résolument opté pour
la séparation entre pouvoir et religion, et lui suggéra
une politique qu’il réprouvait au plus haut point (restauration
du Califat).
Il est paradoxal qu’au moment où l’Europe vivait à
l’heure du nationalisme, l’entreprise coloniale se développa
pour embrasser tout le monde islamique: c’est ce qui nourrit ce
ressentiment persistent chez les musulmans: ils auraient souhaité
que les Européens eussent suspendu le cours de l’histoire
et renoncé à toute considération de rapport des forces.
La charité chrétienne aurait été à
l’ordre du jour dans les relations internationales. Le monde arabo-islamique
a du son indépendance au choc majeur du libéralisme et du
marxisme qui a rendu la décolonisation un compromis nécessaire.
La problématique du retard historique est parfois ressentie comme
une humiliation; pourvu qu’elle soit faite avec le sérieux
voulu, elle n’a rien d’infamant. On tient la philosophie de
Hegel pour un des sommets de la pensée occidentale; on ne peut
cependant véritablement la comprendre sans référer
au problème du retard de la Prusse par rapport à la France
et à l’Angleterre, et de la fragmentation des Etats allemands.
L’emprise de la féodalité était telle qu’il
considéra Napoléon comme l’esprit du monde, pour la
seule raison qu’il balaya une myriade de micro-Etats allemands et
favorisa sans le savoir le processus d’unité allemande.
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3.Islam et Occident : difficultés de convergence
et attitudes anomiques
Un compromis entre l’Islam et l’Occident est
possible si l’Etat arabo-islamique évolue d’un concept
khaldunien–hobbésien de frein aux nuisances entre groupes
et particuliers, le fameux wa(iz, dissuadeur, selon la pensée d’Ibn
Khaldun qui reprend l’idée de Ghazali sur la nécessité
d’une force coercitive dominante, et qui peut être considérée
comme le prototype de la réflexion hobbésienne, vers le
concept établi par la science politique américaine de National
Responsive State: un Etat soucieux de l’opinion des citoyens, désireux
d’obtenir leur assentiment profond et ne permettant pas au zèle
religieux de se transformer en violence politique. Il y a de part et d’autre
de la méditerranée plus de vingt siècles d’interaction;
celle-ci peut subir le contrecoup des tensions politiques conjoncturelles,
mais il est hors de question de renoncer à la coopération
entre les deux rives. Si la culture occidentale est diverse et plurielle,
elle accepte la différence et se fonde même sur elle, l’expérience
historique d’un Islam humaniste comme l’a scientifiquement
établie le professeur Mohamed Arkoun dans sa thèse sur Miskawayh
n’exclut pas la réaffirmation de ce discours à portée
universelle, sans fanatisme ni violence. L’Islam apparaît
aussi comme un simplificateur dynamique lorsqu’il s’agit de
transformer la société ou de combattre une mainmise étrangère,
en ce sens qu’il parvient à polariser les positions politiques
plus aisément que ne le fait un autre discours, donnant ainsi une
impulsion considérable à l’action politique. Il ne
faut donc pas négliger l’Islam dans le processus de démocratisation;
la spécificité du temps islamique doit s’ouvrir à
une modernité réelle.
Actuellement, les musulmans tendent à considérer que le
droit existant dans leurs pays suffit aux exigences de la vie sociale
contemporaine, alors qu’il existe un déficit de législation
considérable en faveur des pauvres, des femmes, des enfants, des
personnes âgés, des infirmes, bref, toutes les catégories
dites faibles dans la société; corrélativement le
sens du bien public ou de l’intérêt de la communauté
s’est perdu. Leur restauration est une autre condition de cette
possible convergence entre Islam et Occident.
Lorsqu’ils sont confrontés à un mouvement islamiste
suffisamment fort, les Etats arabes le critiquent au nom de la démocratie,
arguant qu’il n’accepte les principes démocratiques
que pour s’emparer du pouvoir. Il y a chez les dirigeants des pays
arabes cette crainte obscure que leurs sociétés ne soient
pas mûres pour la démocratie, et que s’ils libéralisaient
les institutions, ils ne feraient que donner le signal à la contestation
qui les renverserait, sans pour autant instaurer un pouvoir démocratique.
Appréhension de n’être que le bouc émissaire
de slogans qui n’auraient aucune assise réelle. Que faire
? Comment créer une tradition de mesure et de modération
? Il faut aussi observer que la population attend beaucoup de l’Etat,
non sur le plan économique et social, ni sur celui de la culture,
mais surtout en matière de hauts faits et de gloire. L’Etat
peut difficilement satisfaire ces demandes qui tendent souvent à
se projeter dans des attitudes anti-occidentales. Recouvrant imparfaitement
cette dimension imaginaire, l’Etat demeure fragile sur le plan symbolique.
Au moment où le rapport de force géopolitique a radicalement
changé, les musulmans restent soumis à la prégnance
de puissantes images relatives à l’Empire islamique. Il en
résulte pour le moins une certaine incohérence politique:
pourquoi les Arabes ont-ils refusé le plan de partage de la Palestine
en 1947, et pourquoi acceptent-ils aujourd’hui infiniment moins
que ce qu’ils pouvaient avoir alors ? L’histoire récente
et moins récente de l’Irak est le parfait exemple des effets
de l’irrationnel sur un Etat… Prenons l’exemple de Kassem,
il était à la fois anti-nassérien, anti-baasiste,
anti-occidental, et anti-communiste et se souciait for peu de l’isolement
souverain dans lequel il s’installait. Saddam Hussein fasciné
par le rôle de za(im arabe (leader) s’engagea à la
légère contre l’Iran. Ayant pressenti dès 1982
dans quel faisceau stratégique il était pris, il ne put
se retirer du conflit que lorsqu’on voulut bien qu’il le fît.
Puis, il y eut l’invasion du Koweit, politiquement absurde, elle
souleva l’enthousiasme des masses arabes: c’était le
ressentiment des pauvres contre les riches. Il reste que tous les Etats
arabes condamnèrent Bagdad et on peut dire que lorsqu’ils
ne poursuivent pas une politique de leadership, ils sont hostiles à
une union par la force, mais nous avons également la confirmation
que la représentation collective des frontières chez les
Arabes est éminemment dynamique: aucune frontière interétatique
n’est perçue en tant qu’entité fixe; ce qui
est grave, c’est que l’union du monde arabe est évoquée
pour s’opposer à l’intervention de puissances n’appartenant
pas à l’espace arabe, mais ce même principe d’union
se révèle incapable de garantir la continuité de
chaque Etat arabe. Il y a comme une attente non formulée que chaque
Etat arabe soit prêt à accepter de disparaître au nom
de l’Union. Il y a une géographie du monde arabe qui ne figure
que dans les représentations de la majorité des populations
arabes, et que contredit la cartographie officielle des instances internationales.
Le Koweit est tout de même membre de la Ligue Arabe et de l’ONU.
L’Irak savait qu’il menaçait les intérêts
des Etats Unis, mais il pensait également que depuis leur dé-convenue
au Vietnam, ils étaient de plus en plus réticents à
s’engager militairement pour des pays tiers. Saddam Hussein avait
en mémoire comment Français et Américains firent
rapidement retraite du Liban en 1983.
Il ne voulait cependant pas tirer les conclusions nécessaires du
fait que l’URSS avait fini de s’opposer aux Etats-Unis; le
monde tendait irrésistiblement vers la constitution d’une
force unipolaire. C’est au cœur de ce processus que l’Irak
voulait déployer des ambitions antagoniques. On a beaucoup parlé
d’un comportement américain qui aurait été
ambigu, et même provocateur, que Bagdad aurait interprété
comme une attitude de neutralité (en d’autres termes, comme
un encouragement pour s’emparer du Koweit); d’autres spéculations
au sujet d’un plan visant à faire agir Bagdad exactement
comme il l’a fait pour briser son potentiel militaire ont été
évoquées. Si l’existence d’un tel plan ne peut
être écartée, on peut néanmoins affirmer, eu
égard aux décisions politiques que Bagdad a prises, à
ses erreurs d’appréciation, et à sa faiblesse d’analyse
stratégique, que l’Irak était susceptible de se fourvoyer
tout seul, et encore davantage de se faire berner, et il est parfaitement
vain de blâmer ses adversaires pour leurs actes ou leurs intentions,
et de tout faire pour leur succès. Et, au moment où les
Etats-Unis étaient perçus comme soucieux d’éviter
l’affronte-ment, ils le voulaient au moins autant que les Irakiens
y étaient impréparés.
Volte-face, Saddam Hussein renvoya tous les prisonniers iraniens chez
eux; et, renonçant de son propre chef au seul gain de huit années
de guerre, il accepta que l’Iran jouît de nouveau de la rive
orientale du Chatt al-Arab, comme l’accord d’Alger de 1975
le disposait; comme si, soudain, il venait de se rendre compte qu’il
s’était trompé d’ennemi, et que le conflit avec
l’Iran n’était pas la guerre qu’il aurait dû
faire. Des erreurs pareilles dépassent tout cheminement phénoménologique
de l’être. L’Irak renonçait quoique tardivement
à être fort à ses dépends, mais l’autre
politique de puissance qu’il poursuivait était un summum
d’aberration. Saddam Hussein, l’anti-Clausewitz absolu, choisit
alors la tactique la plus détestable et la moins efficace, surtout
quand elle est pra-tiquée ouvertement et à grande échelle.
Il prit en otages onze mille ressortissants étrangers en Irak et
au Koweit, qu’il retint prisonniers sur des installations stratégiques
et affirma qu’ils seraient utilisés comme boucliers, contre
toute attaque de la part des Etats-Unis (17 août). L’utilisation
officielle d’otages, en tant que moyen de politique internationale,
révéla l’étendue des aberrations que Bagdad
pouvait commettre. Là encore, on peut considérer que les
dirigeants irakiens n’avaient pas besoin d’être intelligemment
manipulés pour faire de graves erreurs de jugement. Il est vrai
qu’en agissant ainsi, Bagdad flattait la fruste animosité
que nourrissaient certains groupes dans le monde arabe contre les Occidentaux,
mais décevait beaucoup d’intellectuels et de politiciens
arabes qui déploraient ces agissements.
Saddam Hussein ne comprenait pas qu’il y eût une discrimination
dans le châtiment des transgresseurs (Israël ayant bafoué
impunément de nombreuses résolutions de l’ONU), mais
cette position, qu’elle soit exprimée devant un simple tribunal,
ou dans les instances internationales est irrecevable, car on ne peut
à la fois se réclamer du droit et ne pas le reconnaître.
Ce n’est pas Saddam Hussein qui savait parfaitement ce que valait
le droit lorsqu’il était confronté à la force,
qui pouvait ignorer ce qu’il en coûtait de défier plus
puissant que soi, même si on avait le droit de son côté,
et a fortiori dans le cas contraire. Alors que les Américains manifestaient
un souci extrême d’insérer leur action dans un système
de décisions juridiques internationales, et de n’envisager
l’affrontement de l’Irak, que dans le cadre d’une alliance
impliquant de nombreux pays arabes ou islamiques, Bagdad exhibait un défi
suicidaire et du droit et de la puissance. Si l’on veut résumer
toute l’affaire on peut dire que l’Irak a renoncé aux
maigres fruits de son conflit avec l’Iran, a réduit à
néant tout son potentiel militaire, et perdu plus de 200 000 de
ses citoyens et hypothéqué l’avenir d’un pays
prometteur, pour une génération au moins, dans le simple
but de démontrer que dans les instances internationales s’applique
la règle deux poids, deux mesures. Idéalisme destructeur
qui peut se manifester dans les idéologies les plus promptes à
vouer un culte à la force; non seulement les Etats-Unis font tout
pour corriger le hasard qui a mis la quasi totalité des réserves
mondiales de pétrole au Moyen-Orient, mais ils feront davantage
contre ceux qui veulent transformer ce hasard en destin.
Pour sortir de cette lourde atmosphère de bévues permettez-moi
de vous faire la lecture revigorante de quelques paragraphes de L’homme
de Cour…
| "CCXIV D’une folie
n’en pas faire deux. Il est très ordinaire, après
une sottise faite, d’en faire quatre autres pour la rhabiller;
l’on excuse une impertinence par une autre plus grande. La
sottise est de la race du mensonge, ou celui-ci de la race de la
sottise; pour en soutenir une, il en faut beaucoup d’autres.
La défense d’une mauvaise cause a toujours été
pire que la cause même. C’est un mal plus grand que
le mal même, de ne le savoir pas couvrir. C’est le revenu
des imperfections, d’en mettre beaucoup d’autres à
rente. L’homme le plus sage peut bien faillir une fois, mais
non pas deux; en passant, et par inadvertance, mais non de sens
rassis." |
Encore:
| "CCLXI. Ne point continuer
une sottise. Quelques-uns se font un engagement de leurs bévues;
lorsqu’ils ont commencé à faillir, ils croient
qu’ils est de leur honneur de continuer. (…) Leur cœur
accuse leur faute, et leur bouche la défend. D’où
il arrive que s’ils ont été taxés d’inadvertance
lorsqu’ils ont commencé la sottise, ils se font passer
pour fous lorsqu’ils la continuent. Une promesse imprudente,
ni une résolution mal prise n’imposent point d’obligation.
C’est ainsi que quelques-uns continuent leur première
bêtise, et font remarquer davantage leur petit esprit, en
se piquant de paraître de constants impertinents." |
Et encore:
| "CXLII Ne prendre jamais
le mauvais parti, en dépit de son adversaire qui a pris le
meilleur. Celui qui le fait est à demi vaincu et, à
la fin, il sera contraint de céder tout à fait (…)
Si ton adversaire a eu l’adresse de prendre le meilleur garde-toi
bien de faire la folie de le contrepointer en prenant le pire (…)
Le sage est toujours du côté de la raison, et ne donne
jamais dans la passion. Ou il prévient, ou il revient; de
sorte que si son rival est fou, sa folie le fait changer de route
et passer à l’autre extrémité, par où
la condition de l’adversaire empire." |
Observons encore que si des chaires d’islamologie existaient en
Europe depuis le XIIe siècle au moins, le monde islamique n’a
pas d’occidentalistes à l’image des orientalistes européens.
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4.Islamisme et élites libérales
Les islamistes ne s’attaquent pas à des athées,
mais à ceux qu’ils jugent, eux, comme n’étant
pas de véritables musulmans, quelque soit leur conviction ou leur
profession de foi et les divergences d’interprétations sont
anathémisées; ce développement des pensées
messianiques est en relation étroite avec la puissante érosion
de l’esprit critique, et avec le rejet de tout rôle unificateur
et universel de la Raison. Parce que la modernisation a été
exogène, l’introduction de la technique dans le monde islamique
a très peu interféré avec les normes et les valeurs
du sujet musulman, son épistémè n’a pas beaucoup
varié.
Une autre perception du temps est nécessaire. Cette inertie que
nombre d’observateurs ont aperçu chez les musulmans, traitée
alors de passivité et de fatalisme, provient de leur représentation
de la durée et du changement. Le temps, pour eux, s’articule
principalement avec l’eschatologique, les fins dernières
de l’homme, et le changement envisagé selon l’ordre
terrestre ne peut être considéré que comme minimal
et sans intérêt. La catégorie du futur doit donc s’interposer
entre le présent et l’eschatologique afin de permettre une
activité économique, sociale et culturelle normale, afin
aussi de libérer le discours religieux de la fatalité et
de l’extrémisme. Un concept non discriminatif du temps donne
une confiance illimitée dans le devenir, quelque soit le nombre
et l’urgence des problèmes auxquels on est confronté.
C’est justement ce sentiment de l’urgence qui fait défaut
aux musulmans, qui ont la conviction absolue que le temps travaille pour
eux. Les masses craignent aussi cette modernisation qui brise toutes les
tutelles sécurisantes, subies et exercées tour à
tour, celle de l’Etat, de la communauté ou du groupe sur
l’individu; celle de l’homme sur la femme, etc… La modernité
est exorcisée au niveau de la consommation, elle n’est pas
assumée sur le plan de la production et de l’organisation
sociale, encore moins par rapport à la mentalité. D’autant
plus que cette modernité est déjà négativement
connotée par le colonialisme, et qu’elle renvoie dans l’imaginaire
populaire à un projet hégémonique occidental.
Les élites libérales dans les pays musulmans restent confuses
au sujet de leurs capacités et de leur rôle; souvent marginalisées,
leur voix est rendue inaudible par le vacarme des faux problèmes.
Les gouvernants sont irrités par leur concept de la liberté
qu’ils jugent irréaliste et utopique; les islamistes ont
pour eux plus d’animosité encore que pour l’Etat. Dans
le conflit triangulaire qui se déroule dans certains pays arabes,
les libéraux seuls se limitent à un militantisme pacifique;
ils considèrent que les Etats finiront par reconnaître leur
rôle constructif dans la réforme institutionnelle qui adviendra
nécessairement. Car si l’élite libérale est
neutralisée, la polarisation du conflit deviendrait totale: considérez
les exemples de l’Iran en 1979 et de l’Algérie en 1989.
Notons qu’en raison de la croissance démographique, le rapport
masses/élite devient de plus en plus défavorable à
un changement politique et social dans un sens libéral; cet amenuisement
accroît le pou-voir de captation de l’idéologie islamiste.
Pour les islamistes, la souveraineté appartient à Dieu,
ce que tous les croyants de toutes les religions monothéistes sont
prêts à admettre. La question essentielle est dans la médiation
de cette souveraineté qui est, il faut le souligner, un immense
pouvoir. L’affirmation politique de cette souveraineté est-elle
réalisable dans le sens de sa compatibilité avec le pluralisme
et la diversité des choix et des valeurs ? La charge de violence
inhérente dans tout Etat est dangereusement potentialisée
lors-que la religion –ou tout autre absolu– y est exclusivement
exalté, un peu dans le sens d’une théocratie, ce que
le sunnisme a soigneusement évité. Une des premières
conséquences, c’est l’abolition de toute opposition,
parce qu’elle aura pour contenu l’hérésie, l’apostasie,
la dissidence: L’Etat n’a jamais été le meilleur
endroit pour l’ontologie mais les universités, les mosquées,
les églises, les synagogues en tant que lieu de paix et de concorde.
Il est nécessaire, je crois, de souligner que l’Islam est
une religion de tolérance; cela devient difficilement crédible
ces derniers temps, en raison des manifestations terroristes se réclamant
de cette religion, et à cause du déficit de connaissances
en islamologie. On peut observer ce qui suit:
1. Actuellement, le sunnisme est attaqué par une tendance kharijite
qui ne se déclare pas comme telle et qui se présente même
en tant que doctrine sunnite authentique et qui juge que tout péché
est apostasie.
2. Le recours à l’assassinat en tant qu’intimidation
et manifestation de puissance appartient à la doctrine isma(ilienne
batinite (XIème siècle), et n’a aucun fondement dans
le sunnisme.
3. Il y a une pression du shi(isme duodécimain qui a adopté
le principe d’infaillibilité ismailienne en faveur du juriste
le plus compétent, wilayat al faqih, pression dis-je sur le wahhabisme
avec lequel il règle des problèmes qui datent de la mise
à sac de Karbala en 1802.
4. Il y a une scission du wahhabisme en tendances pragmatique et radicale.
Le terrorisme, même lorsqu’il a l’appui de l’Etat
n’est jamais une stratégie de puissance. Il y a quelque chose
de perversement altruiste dans le terrorisme, c’est qu’il
ne profite jamais de ses actions; –ce sont toujours d’autres
qui se renforcent par lui et surtout les Etats qui se mobilisent pour
le combattre. Pour le Maroc, il s’agit de souligner l’importance
de la transition vers la démocratie et de sensibiliser la population
aux problèmes de la violence sous toutes ses formes; il s’agit
aussi de permettre aux Marocains de distinguer nettement le kharijisme
du sunnisme. Réduire les foyers de tension internationale est également
un impératif: en réglant le conflit israélo-palestinien,
le terrorisme deviendrait résiduel et il aurait en face de lui
un consensus plus fort.
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Conclusion
Les pays occidentaux perçoivent les régimes
des pays arabes comme étant moins inquiétants que les masses
arabes; l’idée que seul l’autoritarisme de ces Etats
peut les contenir est parfois émise. Il est évident qu’une
sérieuse éducation civique et politique est nécessaire
dans tout processus de démocratisation. Malgré ce qu’a
postulé Spinoza, une collectivité peut difficilement avoir
un comportement rationnel. Sur un autre plan, l’Occident entravera
systématiquement toute concentration de force où qu’elle
s’effectue dans les pays islamiques. La seule garantie qui lui permettrait
d’accepter qu’ils puissent avoir quelque influence dans le
monde, c’est leur démocratisation. D’un autre côté,
l’Europe est devenue frileuse et ne cherche qu’à protéger
son espace de prospérité; elle craint le débordement
sur son territoire des effets de la paupérisation de ses voisins:
l’immigration clandestine et l’activisme islamiste. On n’a
pas encore étudié l’impact de la fermeture des frontières
européennes sur la recrudescence de l’islamisme dans le Maghreb.
Il est donc impératif que l’Europe se montre plus attentive
aux problèmes de développement économique et social
de ses voisins.
Naguère la sécurité des Etats-Unis passait par un
soutien décisif aux régimes musclés du tiers-monde.
C’était la théorie du "containment" du communisme.
Après les événements du 11 septembre, ce "containment",
par une approche purement technique (mesures de sécurité
et répression) n’est plus efficace; il est jugé insuffisant
sinon contre-productif. A présent, les Américains souhaitent
créer un front démocratique dans les pays islamiques contre
le terrorisme. Ce qui est arrivé en Irak est le début de
ce processus; je vous propose ces remarques de Henry Kissinger destinées
au lecteur arabe: "Je sais que les Etats-Unis sont perçus
comme un pays étranger qui fourre son nez dans les cuisines internes
du monde arabe, ce qui rend généralement cette perception
négative auprès des peuples arabes. Mais je crois qu’avec
le temps, nous allons pouvoir convaincre les Arabes, les peuples notamment,
de la légitimité et de la nécessité de nos
actions diplomatiques et militaires ainsi que de leur impact positif sur
leur vécu et leur devenir. Je comprends bien la colère et
la frustration de l’opinion publique arabe, mais j’aimerais
bien que les Arabes comprennent que la démocratie est la seule
et unique voie pour leur développement et leur prospérité.
(…) Je pense que les gouvernements arabes avaient parfaitement compris
le danger que représentait le régime de Saddam Hussein,
alors que l’opinion publique n’a pas forcément les
moyens pour saisir et comprendre les problèmes que posait ce régime
pour tout le monde arabe. Car, il y va de leur sécurité.
En tout cas, l’avenir nous donnera raison et prouvera que les Etats-Unis
n’agissent pas que pour leurs intérêts dans leur politique
du monde arabe. Un monde arabe qui à mon sens doit tirer la leçon
de cette affaire irakienne. Car c’est une leçon à
méditer. (…) Cela dit, le Maroc de Mohammed VI doit être
pris comme un modèle de réussite politique dans le monde
arabe, contrairement, par exemple, à l’Algérie qui
vit depuis plus de 10 ans dans la terreur et dans la violence. Un drame
qui n’a que trop duré et qui doit cesser." Message clair.
D’autres interventions américaines sont probables; mais il
est douteux que les bombardements stratégiques et la destruction
du patrimoine historique des peuples puissent réaliser une véritable
démocratie. Il y a lieu de reconsidérer ce projet de démocratisation
d’une autre façon, en associant nos partenaires européens
qui ont certainement des avis intéressants à ce sujet.
Ifrane, 30 mai 2003
Mustapha Hogga
Université Al Akhawayne
055-86-24-26
E-mail : m.hogga@alakhawayn.ma
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